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Siècle d'or espagnolSiècle d'or correspond à la période de gloire et de déclin de la couronne espagnole, allant de 1525 à 1660 environ. Son nom évoque tout à la fois l'or que l'Espagne fait venir des colonies du Nouveau Monde, l'apogée de l'empire de la dynastie de Habsbourg ainsi que l'épanouissement et le rayonnement de la civilisation espagnole dans les sciences, les arts et les lettres de l'époque.
Le Siècle d'or politique débute avec l'arrivée au pouvoir en Espagne de Charles Quint, empereur du Saint Empire romain germanique qui devient ainsi le plus puissant monarque européen de son temps. L'Espagne occupe alors une place de choix en Europe ; Philippe II, fils de Charles Quint, en fera, grâce à l'annexion du Portugal et de ses terres d'outre-mer, le plus vaste empire du monde. Dès 1648, un rêve collectif s'évanouit : " L'or et l'argent ont créé l'illusion, ils ont porté d'un même souffle la grandeur du pays, son apogée et son déclin ".
L'Espagne de cette époque est le bastion du catholicisme: après l'expulsion des juifs et des musulmans convertis elle devient, avec montée en puissance de l'Inquisition et la fondation de l'Ordre des jésuites, la première des nations catholiques, hostile à la Réforme et aux idées non conformes à la pensée théologique catholique.
Le siècle d'or, c'est aussi une période d'extraordinaire vitalité pour les arts et la littérature en Espagne cependant, elle ne correspond pas à l'heure de gloire espagnole sous Charles Quint et Philippe II ; elle coïncide plutôt avec le déclin et la chute de la dynastie des Habsbourg. Aussi, le Siècle d'or, dans ses aspects culturels s'identifie-t-il surtout au XVIIe siècle.
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| La peinture du Siècle d'or
Fortement influencée par la peinture italienne, arrivée en Espagne grâce à Philippe II, grand amateur d'art, collectionneur et mécène, et au contact permanent des peintres espagnols avec l'art italien, elle développe un style propre : le goût permanent pour les coloris et la fouge de la peinture vénitienne.
S'y côtoient l'influence du caravagisme et celles de la peinture flamande contemporaine de la lignée de Rubens et Van Eyck, où les peintres espagnols de l'époque puisent les nouveaux schémas de composition et la théâtralité de l'expression. C'est avant tout, surtout à ses débuts, une peinture liée à l'Eglise, son commanditaire le plus important. La peinture espagnole de cette époque est surabondante en œuvres religieuses et presque dépourvue de scènes mythologiques et profanes. La peinture de genre est rare, seule la nature morte acquiert une personnalité et une qualité qui la distingue parmi les thèmes profanes et décoratifs. Un réalisme immédiat, d'un sentiment intense et presque mystique imprègne des compositions d'une solennelle naïveté. Le paysage n'existe presque pas en tant que genre indépendant et s'il apparaît comme fond des scènes bibliques ou évangéliques, il reste très conventionnel. Un style très caractéristique se manifeste dans le portait : d'une frappante austérité et dont les accessoires sont très réduits, il insiste surtout l'individualité du personnage, sa dignité et sa qualité humaine, même chez des êtres malades, difformes ou de la plus humble condition. Le portrait " divinisé ", représentant un personnage avec les attributs du saint dont il porte le nom est un genre presque exclusivement espagnol et, une fois encore, témoigne de l'importance de la religion dans cette période. Les cycles monastiques, destinées à décorer cloîtres et sacristies occupent la place importante.
Un aspect fortement réaliste, accentué par le goût de l'immédiat, du détail quotidien et du trait individuel caractérise cette peinture qui utilise le langage plastique du naturalisme caravagesque pour souligner ce caractère concret. Vers le milieu du siècle se développe largement la tendance pour la mise scène et le fantastique sans pour autant diminuer l'intérêt pour le quotidien et l'observation directe.
La première moitié du siècle est marquée par une forte influence d'El Greco et du maniérisme d'un côté et par le ténébrisme naturaliste de Caravage de l'autre. D'autres italiens y jouent aussi un rôle important, les vénitiens surtout, comme Titien particulièrement apprécié. Les grands maîtres de la peinture espagnole, nés à la charnière du XVI et XVIIIe , Ribéra, Zurbaran et Vélasquez, sont formés dans cette tradition italienne, plus ou moins caravagesque, axée sur la reconquête de la réalité et l'intense mise en valeur de la lumière, grâce à l'utilisation de la technique du clair-obscur ; ils évolueront plus tard vers des formes plus personnelles et plus libres. Vélasquez, peintre officiel de Philippe IV, puisera également dans les acquis de la peinture flamande pour à partir du ténébrisme créer un style très personnel.
La situation évolue de façon assez radicale dans la seconde moitié du siècle. On peut la caractériser par une substitution presque absolue de l'influence flamande de Rubens et van Dyck à celle de l'Italie, bien que l'intérêt pour la couleur claire de Venise subsiste toujours ; la composition fermée, tassée et calme, fréquente dans la première moitié du siècle, l'éclairage ténébreux et la disposition harmonieuse font place dès lors à un dynamisme tendu, à une lumière uniforme et à une gamme claire de couleur, faisant recours, pour suggérer les profondeurs, à des contrastes de clair-obscur, ainsi à une composition plus ouverte, basée sur les perspectives diagonales ; la recherche réaliste s'atténue, on apprécie avantage la grâce et le caractère flatteur des interprétations et les formes du baroque décoratif, à la manière flamande, se répandent largement, y compris dans les sujets religieux ; une peinture décorative, à fresque, ignorée au début du siècle, apparaît également, avec des effets scéniques et de " trompe-l'oeil " . Formés dans le culte vénitien et flamand, les peintres de cette époque sont excellents coloristes et habiles décorateurs, mais aussi des portraitistes de talent.
Les formes de ce baroque décoratif se prolongeront jusqu'aux premières années du XVIII e s, mais l'arrivée en Espagne de la dynastie des Bourbons, en 1700, favorisera l'avènement du classicisme à la française.
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