Japonisme

Cliquez pour agrandir l'imageÀ partir des années 1860, la mode est à l'art japonais. Les bibelots, les céramiques sont recherchés par les collectionneurs et  les expositions d'estampes se multiplient à Paris, à Londres, à New York. Les boutiques spécialisées se transforment en lieux de rencontre, les journaux en parlent, les artistes s'en passionnent. Bref, c'est engouement total.

Lorsque le Japon, fermé à l'Occident depuis 1641, s'ouvre au milieu du XIXe s aux échanges commerciaux, le monde occidental découvre un univers artistique nouveau. Le public se prend de passion pour l'art de l'estampe, pour les créations en porcelaine, céramique, laque et bronze, que les différentes expositions universelles, et en particulier l'exposition de 1862, à Londres, lui font connaître. L'étonnement et l'enthousiaste des artistes est énorme. Confrontés à une autre vision de l'art, ils y trouvent une source d'inspiration hors pair. Assoiffés de partis pris nouveaux, ils abordent de nouvelles pistes : les lois anciennes héritées de la Renaissance, déterminant la perspective, le cadrage, le modelé et le traitement de couleurs se trouvent alors confrontés à des solutions inédites.

Le côté primitif et pur des estampes japonaises, intéresse particulièrement les jeunes peintres. Monet habille sa femme en kimono ( La Japonaise , 1876,) Manet intègre une estampe japonaise de Utagawa Kuniaki au Portrait d'Emile Zola (1868), Van Gogh intitule une peinture Japonaiserie. Degas, Caillebotte, ou encore Gauguin et ses amis du groupe de Pont-Aven suivent. Hokusai, Hiroshige et Utamaro, les grands maîtres de l'ukiyo-e , l'école picturale du début du XVIIe s, dont la principale forme d'expression était la gravure sur bois et qu'on peut rapprocher de l'imagerie d'Epinal, servent d'exemples à l'avant-garde de l'époque à la recherche de nouveaux stimuli.

Les artistes européens apprennent qu'on peut expérimenter des compositions sans profondeur  - la peinture japonaise est dépourvue de travail de perspective - ou essayer des effets de perspective insolite. La profondeur introduite par la Renaissance, grâce à la perspective centrale, se trouve rétrécie, raccourcie et transformée en une perspective où le point de fuite est situé très haut ou même éliminé. L'espace traditionnel se trouve mis en question. Le cadrage de resserre, les sujets se trouvent coupés par les limites du cadre, apparaissent la vue plongeante et la vue par en dessous , l'horizon est supprimé pour obtenir un plan plat, l'introduction d'éléments verticaux brise l'unité du plan.

                                Hiroshige, 1857
                                          Paul Gauguin, 1890
Le format en hauteur, proposé par l'estampe, - et qui sera très utilisé dans la peinture impressionniste et ensuite par Art nouveau -  offre une nouvelle ordonnance, car les éléments, comme découpés dans le champ visuel et placés là, semble-t-il, par l'effet du simple hasard, sont cependant soumis à une composition rigoureuse. On trouve déjà, en germe dans le japonisme, les éléments qui conduiront à la peinture moderne du XXe siècle.

Les artistes redécouvrent le caractère décoratif des courbes - celles des tiges végétales, celles des vagues - et des grandes obliques qui commandent toute une composition. Ils découvrent aussi la justification d'un type de dessin nouveau qui, dans les peintures, cerne les formes par un trait et dont Manet et Gauguin font un large usage ;  ou qui trace les formes à la plume de roseau, selon une technique dite "trait-point" qui inspire en particulier Van Gogh.

Enfin, ils apprécient les teintes plates et vives de ces gravures coloriées. L'absence d'ombre fait que ces couleurs sont partout lumineuses, jamais rompues mais toujours saturées: leur contraste est considérable par rapport à la peinture sombre qui prédomine alors dans l'art officiel. En 1888 les tableaux de Gauguin (la Vision après le sermon) et de Sérusier ( le Talisroa ") seront ainsi construites exclusivement avec des couleurs pures.

Cet exceptionnel phénomène de mode durera jusqu'en 1900. Il prendra fin avec  l'exposition universelle de 1900 à Paris, où triomphe l'Art nouveau, mais cette rencontre avec l'art japonais laissera  pour toujours les traces dans l'art européen.

Le cubisme en est l'héritier indirect, aussi bien en ce qui concerne l'abandon de la vision en perspective, que le travail de la couleur et parfois du cerné. l'attrait du japonisme a été l'une des impulsions qui permettront aux courants artistiques du XXe s de se libérer des règles de la peinture classique et expliquent le chemin parcouru de Vélasquez à Picasso.


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