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Cubisme Nouveau langage pictural et mouvement artistique le plus radical du premier quart du XXe s, et peut-être le plus révolutionnaire depuis la Renaissance, le cubisme a ouvert la voie à l'art abstrait moderne et a profondément influencé toute la création de notre siècle.
Son trait le plus caractéristique est la façon inattendue et originale, dont il utilise formes géométriques. Mais la plus grande innovation du cubisme reste la représentation simultanée qu'il donne de toutes les facettes d'un sujet, en présentant plusieurs aspects du même objet ou de corps en même temps de face, de profil et de dos, sur une surface plane. Il prétend ainsi donner une image plus objective du sujet représenté que sa simple apparence. Cette démarche marque la rupture avec l'espace pictural basé sur un angle de vision unique, qui datait de la Renaissance, et ouvre un chapitre nouveau de l'histoire de l'art.
Picasso "les Démoiselles d'Avignon", 1097
Les origines du mouvement se trouvent dans l'œuvre de Cézanne, dans le japonisme et dans diverses sortes d'arts primitifs, et en particulier l'art nègre , pour son contenu énigmatique et plasticité. C'est pourquoi la période pendant laquelle prennent forme les principes fondamentaux du cubisme - le précubisme - est aussi appelée " cézanienne " ou " nègre ". Les peintres cubistes s'appliquent alors à rompre avec la forme réelle de l'objet pour tenter l'inscrire dans ses formes géométriques, mettant en application le conseil donné par Cézanne à Emile Bernard : " Traitez la nature en termes de sphère, de cylindre et de cône, le tout mis en perspective ". Les grands thèmes picturaux de paysage, de la nature morte et de la figure sont alors construits à partir d'éléments géométriques fondamentaux et l'unité visuelle due à la perspective centrale est abandonnée au profit de l'imbrication des points de vue divergents. Bien qu'il soit difficile de définir avec précision la date de naissance exacte du mouvement, on date les débuts du cubisme de 1907, date de la réalisation par Picasso des " Demoiselles d'Avignon " où le peintre remplace les zones d'ombre par de grandes lignes parallèles, et où on voit l'influence des masques nègres du Congo et de la Côte d'Ivoire du musée du Trocadéro. Quant au terme " cubisme " il vient du mot " cube " prononcé par le critique d'art Vauxcelles à propos d'une série des toiles de Georges Braque, peintes en 1908. Les deux peintres, Picasso et Braque sont généralement considérés comme créateurs du mouvement, même si Matisse et Derain y ont joué un rôle considérable. Mais personne n'est pas allé si loin que Picasso dans la recherche et mise en application de nouvelles techniques picturales. Son rôle prépondérant ne peut, pour cette période, faire l'objet d'aucun doute : les travaux du peintres et les témoignages de l'époque le démontrent.
L'art cubiste évolue. La deuxième période, dite analytique, est marqué par le souci des artistes de briser les formes de l'objet. L'image de la réalité est construite par fragments et décompositions, l'analyse de la personne représentée ou de la nature morte est portée à un tel degré que l'objet disparaît presque sous la surface " géométrisée ". Les volumes y sont décomposés et éclatés en surfaces et en lignes. La palette est réduite à la monochromie, dans les tons bruns et gris, à la base de terre de Sienne et la couleur est appliquée au pinceau, par touches systématiques rappelant la technique pointilliste. Elle n'a pas de valeur propre, elle sert simplement à expliciter la forme. "De la lumière, il n'y avait que le côté lumière qui nous préoccupait, la lumière et l'espace sont des choses qui se touchent et nous le menions ensemble", écrit Braque. C'est à cette époque que Picasso met au point, à travers une série de portraits, la méthode par laquelle on peut représenter sur une surface plane tous les aspects d'un modèle observé sous des angles différents. Ces modèles deviennent pour lui des objets - " Quand je vous regarde, je ne vous vois plus" dit-il à Gertrude Stein, dont il est en train de peindre le portrait. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas ce qu'il peint, mais comment intégrer la forme et l'espace en multipliant les changements d'angle et mettre en valeur les aspects significatifs de la structure géométrique par une utilisation de la lumière.
En 1912, Braque et Picasso, proches de l'abstraction la plus complète, ressentent le besoin de retrouver un lien avec la réalité et imaginent d'inverser le processus. À la phase destructive du cubisme analytique succède alors une période constructive, dite synthétique. L'œuvre de Braque et de Picasso adopte un style nouveau, synthétisation de la forme, du plan et de la couleur. Ils se mettent à construire le sujet par allusion plutôt que par représentation : le thème, qu'il soit en rapport avec des objets ou des personnes, est emprunté au monde des concepts, de sorte que la méthode du cubisme analytique se trouve, pour ainsi dire, renversée. Des éléments réalistes sont mis en contraste avec les éléments géométriques et la palette retrouve sa couleur qui devient indépendante de la forme. Les matériaux quotidiens les plus diverses - coupures de journaux, boîtes d'allumettes, bouts de papiers peints - sont incorporés au tableau. Ainsi naissent les premières " sculptures - constructions cubistes ", les papiers collés Nature morte à la chaise cannée de Picasso et Compotier et verre de Braque. Cette évolution, liée à l'exploration des possibilités des techniques tridimensionnelles influencera l'ensemble de l'art moderne (les constructions suspendues du constructivisme russe, celles du mouvement Dada, etc.). Formes et les surfaces elles-mêmes obligent Braque et Picasso simplifient leur cubisme : les plans sont dorénavant moins nombreux mais plus amples, s'imbriquent dans des structures plus lisibles, plus aérées et colorées. Braque disait que " le papier collé affranchit la couleur du modelé ".
La Première Guerre mondiale interrompt, en 1914, le développement du cubisme. Diverses tentatives de redonner la vie au mouvement auront lieu après la guerre, mais il ne retrouvera jamais sa splendeur des années 1907-1913.
Picasso va poursuivre ses investigations picturales dans de nombreuses directions. il va revenir à une expression plus classique, sous l'influence de sa fascination pour l'art antique. Sa peinture s'orientera vers la monumentalité et sera influencé un temps par le surréalisme. Elle évoluera en parallèle avec celle des grands courants artistiques contemporains. Mais l'influence du cubisme restera toujours présente en filigrane dans ses toiles.
La série des Ménines, à quelques exceptions près, constitue une riche variation autour des motifs dominants de la théorie cubiste.
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